Je joue les “variations sérieuses” de Mendelssohn.
Enfin, j’essaye de les jouer car c’est un peu virtuose comme morceau.
Voici une belle version de Jorge Bolet en deux vidéos:
Vidéo1 (théme + variations 1-12):
Vidéo2 (variations 13-17+final)
Outre que j’adore ce morceau, il y a beaucoup de choses à dire concernant cette pièce.
- Le titre: “variations sérieuses” ! les autres ne sont elles pas sérieuses ? est-ce un réponse aux variations brillantes de Chopin composées 7 ans plus tôt ? Pourquoi ce titre en français ? je n’ai pas de réponse.
- C’est oeuvre est une commande pour financer un buste en l’honneur de Beethoven en 1841. Beethoven a composé il est vrai de nombreuses variations (7 partitions pour piano dont les 33 variations Diabelli), mais le thème contrapuntique initial me fait plus penser à un hommage à Bach comme sa Chaconne (Je souligne au passage qu’on doit paraît-il à Mendelssohn la remise au goût du jour de Bach qui, est-ce possible, avait disparu des étalage, tout comme Haendel, en ce début de XIXe siècle ! 1000 mercis Felix).
- Toujours dans l’esprit de Bach, une utilisation parfaite du chromatisme, une variation 10 qui est un vrai Choral à 3 voix, une variation 14 qui module en Ré majeur (tout le morceau est Ré mineur), exactement comme dans la chaconne de Bach.
- Mendelssohn est cité comme le musicien romantique par excellence. C’est vrai pour toutes ses oeuvres, sauf … ces variations. Oui, le virtuose romantique est bien présent, le final est romantique, mais globalement, j’entends une musique de la période classique des siècles précédents.
- Il y a dans ces 15 minutes de musique des harmonies que je trouve géniales et incroyables pour l’époque. Mesures 88-89-90 (3:03-3:06 dans la vidéo de Bolet), il module de Ré7 à Do majeur en passant par Réb Maj7. Du pur jazz ! De même mesure 240 (0:23 de la seconde vidéo), un enchaînement RéMajeur-Mi majeur-Do Majeur en accords parfaits pour aller ensuite vers La majeur ! La variété en abuse maintenant, mais en 1840 !
- Mendelssohn fait partie avec Mozart et Schubert de ce que j’appelle des “génies faciles”. Je veux dire par là que, même si la gestation de l’oeuvre fut complexe, le résultat semble tellement simple, raffiné et économe dans les effets que seul un génie peut cela. La contre-partie de cette apparente facilité, c’est qu’ils sont reconnus comme des génies (ce fut le cas de leur vivant d’ailleurs), mais ils sont maintenant souvent dénigrés comme des compositeurs de musique facile, mièvre, manquant de profondeur. Ce génie facile s’exprime chez Mendelssohn dans sa façon de trouver la belle mélodie bien romantique comme ce thème du concerto pour violon, les romances sans parole dont ce passage bucolique (chant du printemps) ré-arrangé par tant de dessins animés de la Warner. Je dois aussi citer le méga tube que vous connaissez tous sans savoir que c’était Félix
On retrouve dans les variations 4, 8, 13 cette facilité de composition déconcertante.
Je vous laisse savourer à nouveau l’ensemble de ces variations pour saisir le génie profond de Mendelssohn. La preuve de cette profondeur, selon moi, c’est que je prends un plaisir différent à chaque nouvelle écoute de ces variations. Ce n’est pas le cas avec d’autres de ses oeuvres, je dois l’avouer.
PapaMusique