La vidéo pour écouter de la musique ce n’est pas obligatoire,
exact !
Mais il existe un musicien qui ne fait aucun son et qui n’existe que par ses gestes.
Le chef d’orchestre.
Un métier bien mystérieux, même pour moi. J’ai parfois du mal à comprendre leurs conventions et leurs gestes.
Certaines personnes disent que la main droite va battre la mesure et que la main gauche va donner l’expression (on l’appelle parfois ‘la main du coeur’). Bernstein, dans une vidéo plus loin dit que c’est un non sens.
L’amplitude des mouvements va bien sûr être en rapport avec le volume sonore.
Il me semble que chaque chef a sa technique et c’est souvent tout le corps qui embarque dans l’expression.
Un détail qui peut vous aider: intuitivement, nous battons les temps vers le bas comme nos pas qui frappent le sol. Il me semble que la musique classique est parfois dirigée avec les temps fort marqués en haut… ce qui est plutôt perturbant. Mais je n’en suis pas certain et je serai ravi d’avoir des explications de professionnels à ce sujet.
Une chose est sûre. Le chef est … un chef ! sa volonté doit se voir, et pas uniquement dans ses mains (je me dis que Dudamel serait moins bon les cheveux courts ).
Voici des styles bien différents:
Leonard Bernstein:
Le bouillonnant et extraverti Carlos Kleiber:
Le classique a son hard rocker aussi:
Gustavo Dudamel (soit dit en passant, quel pied ce doit être de diriger à la baguette un grand orchestre dans chostakovitch … ):
Pour finir, un peu de technique dévoilée par le grand pédagogue du XXe siécle: Léonard Bernstein qui illustre les différentes manières d’exprimer une musique a 2 temps avec une seule main. C’est en anglais mais vous comprendrez très vite:
et dans cette vidéo, ce même Bernstein parle des grandes variétés de tempi (pluriel de tempo) pour un même morceau selon l’interprétation de trois chefs distincts.
La position de chef d’orchestre a inspiré de nombreux humoristes. Je vous épargne mister Bean ou Louis de Funès pour vous présenter un comique très connu chez les anglophones:
Victor Borge (un très bon pianiste par ailleurs):
Connaissez-vous Bernard Herrmann ?
Non !
Alfred Hitchcock ?
Oui !
Vous aurez deviné.
En fait, il a composé pour d’autres réalisateurs (Taxi driver de Scorsese, un western avec Hathaway … ) mais je ne vais vous présenter que 2 bandes originales de Hitchcock:
La mort aux trousses (North by northwest):
et voici l’extrait de la poursuite qui colle avec le thème.
L’incontournable musique pour cordes de Psychose (psycho en anglais):
Placez la tête de lecture à 4:30
Les coups d’archers sonnent comme des coups de couteaux. Ceux qui connaissent le film comprendront,
Les notes courtes des violons, jouées dans le registre aigu, ressemblent à de éclairs métalliques. Ceux qui connaissent le film comprendront,
Les notes de ce passage sont spéciales (voir ce site qui illustre l’extrait de la partition et propose l’extrait sonore). Les notes sont Mib, Mi, Fa et Sol. Je vous laisse jouer cela ensemble pour entendre la dissonance. Rien que Mib-Mi en intervalle de septième dans les aigus et votre sang se fige, ceux qui connaissent le film comprendront …
Si vous aimez le thème pour cordes de Psycho, alors vous êtes prêts pour Béla Bartok et son Divertimento pour cordes.
Vous allez adorer ce premier mouvement:
Voici le second mouvement Molto Adagio. (Les impatients pourront sauter jusqu’au passage à 3 minutes et poursuivre la montée qui commence à 3:43 mais tout est superbe)
Êtes vous prêt aussi pour du Kodaly ? je me demande …
Emil Gilels est un pianiste Russe qui a beaucoup fait parler de lui. Un interprète comme la Russie de cette époque (URSS) en a créé des dizaines.
Il fut avec Oistrakh (un grand violoniste) l’un des premiers à être autorisé à se produire à l’ouest. Il faut dire qu’en Europe et en occident, des bruits courraient sur le talents d’immenses musiciens russes. Ce fut un triomphe pour Gilels qui en plus en ajouta une couche en disant: « Attendez seulement d’entendre Richter! » (Sviatoslav Richter qui aura son billet plus tard).
Toujours est-il que quand on joue cette ballade en sol mineur de Chopin avec une telle maturité à moins de 20 ans …
Je vous laisse pleurer comme moi sur cette interprétation du prélude X en si mineur de Bach ré-arrangé par Siloti:
Le trio est souvent présenté comme une forme parfaite pour le jazz. En tout cas sous la forme piano, basse, batterie …
En fait, la vraie base, c’est basse, batterie. Le jazz, ça nous prend une ligne de basse et une rythmique. Avec ces fondations, on peut ensuite réfléchir à une mélodie.
Bien sûr, un instrument aussi complet que le piano peut faire les basses, la mélodie et rythmer tout cela. Mais c’est pas pareil. Cet exemple du trio de Brad Mehldau illustre bien cela:
Le piano fait son solo. C’est rythmique, mélodique et la basse est (un peu) présente. Il comble les 3 registres et occupe la place des 2 autres (au détriment de la mélodie diront certains), mais quand basse batterie rentrent en fin de solo, c’est tout de même autre chose. On reprend pied sur terre.
Cette structure minimale à trois est peut être avant tout un bon compromis économique (moins de musiciens/cachets à payer), mais c’est tout de même une forme très équilibrée.
Curieusement, le trio n’était pas prisé au début du jazz. On entendait des big bands, des quartets, des quintets, des duo pianos, …
Les instruments rois des débuts du jazz étaient la trompette, la clarinette et la guitare pour le blues. Ajouter les trois précédents et vous avec déjà un quartet. Les premiers trios furent l’oeuvre de Benny Goodmann (clarinette, piano, batterie), Red Norvo (vibraphone, guitare, batterie).
Ce n’est que plus tard que le piano (et le sax) sont passés sur le devant de la scène.
Bill Evans est cité comme l’un des maîtres de cette forme. Je vous laisse savourer cette valse pour Debby:
Cet exemple est incroyable. Voyez (entendez) comment ils s’écoutent et se répondent. Une vrai complicité, intimité, s’installe. Des espaces permettent des initiatives qui seraient inaudibles en plus grande formation. Voyez comment le bassiste (Chuck Israel) est placé. Il regarde le pianiste pour coller au plus proche. Ils fusionnent. Le secret d’un trio est ici: Ça prend des musiciens qui se connaissent très bien, qui s’écoutent énormément et anticipent leurs réactions.
Le trio permet au batteur de jouer doux (j’adore ça). On entend bien le bassiste. Chacun peut prendre des initiatives.
Voici d’autres modèles du genre:
Kenny Baron (Kiyoshi Kitagawa bass, Brian blade drum)
Un capriccio n’est pas un plat italien !
Voici une pièce de Brahms pour laquelle j’ai pu trouver pas mal d’interprétations sur Youtube, dont certaines historiques.
Youtube Archive vidéo ET sonore de l’humanité …
Ma version est à la toute fin de ce billet.
Brahms est un compositeur romantique (XIXe siècle). Il est connu du grand public pour ses rapsodies hongroises et on pourra d’ailleurs percevoir dans cette pièce pour piano des inspirations tziganes (oups, mais non, hongrois n’est pas tzigane). Fascinant comment Brahms, musicien allemand ayant vécu à Vienne, côtoyant les plus grands (Liszt, Strauss, Schumann qui le propulsa vers la célébrité), s’est laissé inspirer par la musique de l’est sans jamais y avoir été. J’ai lu (à vérifier) que cette passion débuta lors d’une rencontre avec un violoniste tzigane quand il n’avait que 20 ans. Bref, si vous aimez ce Brahms, poursuivez avec ses autres oeuvres (symphonies et concertos, musique de chambre …).
Mais voici des versions de ce Klavierstück:
Eugen D’Albert (un élève de Liszt !). Un truc m’intrigue dans cette interprétation. Il place une reprise à un endroit où je ne l’ai jamais vu écrite ni jouée. Je pense que c’est une erreur et qu’une fois lancé, le retour en arrière est impossible mais c’est vraiment une erreur curieuse. Ou alors, la partition que nous jouons tous maintenant est incorrecte !!!
Myra Hess (cet enregistrement a été fait moins de 30 ans après la mort de Brahms !):
Alfred Grünfeld:
Arthur Rubinstein (la sagesse géniale du grand age. Remarquable version):
Ignace Tiegerman:
Pour finir avec Ivo pogorelich définitivement trop rapide,
Encore un peu de musique vocale. À l’image des barber shop dont j’ai déjà parlé, voici une superbe archive des mills brothers (leurs parents tenaient justement un salon de coiffure …). Belle imitation de la sonorité des cuivres juste avec la voix:
La musique est sympa, mais je vous laisse admirer les danses. Noter le danseur à 1:45. Qui a dit que le Hip Hop est né à New York dans les années 70 ?
Au passage, si vous appréciez la trompette vocale, je vous laisse découvrir ce jeune prodige:
Si par contre c’est plus la danse qui vous a plu dans la vidéo des Mills brothers, alors …. show must go on:
Le thème du train est une grande source d’inspiration pour les musiciens ?
Comme vous l’imaginez, c’est principalement pour la base rythmique que fait le train en roulant (je parle ici des mécanismes bruyants des vieilles locomotives à vapeur et le bruit des roues sur les jonctions des rails).
Qui dit rythme dit jazz
L’âge d’or du rail aux USA coïncide pas mal avec l’enfance de certains grands jazzmen. Un style musical est d’ailleurs né de ce rythme ferroviaire: Le boogie Woogie (le Boogie est l’essieu à 2 roues du train – c’est un peu « la danse des boogies »):
On peut citer quelques fameux standards de jazz Blue train (Coltrane), Take the A train (Duke Ellington).
Concernant ce dernier thème, on ne peut ignorer l’effet génial du roulement du train dans la version de Petrucciani (avec Steve Gadd à la batterie):
plus récemment:
Stéphane Huchard a fait un disque pas mal inspiré des bruits du métro parisien (son père fut conducteur de métro), mais j’ai pas d’extraits à vous soumettre (super disque « bouchabouches » et super batteur)
Björk dans crying ou elle semble voyager en train:
Une gamme pentatonique, c’est un gamme de 5 notes. On devrait d’ailleurs dire plutôt pentaphonique.
Elles sont très présentes dans diverses musiques traditionnelles. Irlande, Japon , Afrique (désolé, je ne sais pas quelle pays)
Je me souviens de mon prof d’harmonie (Bernard Maury), qui avait pas mal étudié des gammes penta »toniques » asiatiques. Il en ressortait des couleurs fabuleuses.
Qui sait bien utiliser ces gammes en sort une grande diversité de couleurs. En fait, si nous prenons la gamme pentatonique « classique », DO, RE, MI, SOL, LA, ce sont des sons très consonants (harmonieux). C’est même les plus harmonieux qui soit car on reconnait dans un autre ordre l’enchainement des quintes: DO, SOL, RÉ, LA, MI et le mélange de ces notes n’est jamais dissonant (toujours harmonieux). Essayez d’enchainer ces notes sur votre instrument. En arpège, en gamme, en accord … On peut tout faire, s’amuser, sonner Blues, tonal, modal, rock, funky …
C’est le matériau minimal: Notre gamme « occidentale » possède 12 notes, certaines gammes Indiennes et Arabes beaucoup plus. la gamme par ton 6 notes, mais le matériau le plus simple permettant malgré tout une vraie diversité est la gamme de 5 sons (penta »tonique »). Mais au delà de ces réflexions théoriques, il semblerait que cette suite de note parle à nos entrailles.
C’est Physique (c’est de la physique !)
Dans la vidéo suivante, Bobby Mc Ferrin illustre que notre instinct musical est penta.
J’aurai pu appeler ce billet: « Les extra-terrestres existent, on a des films ! »
Entrer sur scène et rentrer directement dans ce morceau comme le fait Vladimir Ashkenasy ici est tout simplement incroyable:
on lit sur le visage de Richter ici toute la conviction de l’interprète et la concentration extrême:
Non, la scène suivante n’est pas accélérée !
A croire que les Russes sont un peu hors norme dans ce domaine, voici Evgeny Kissin dans une transcription piano de la campanella de Paganini (originellement composée par Paganini pour le violon)
Il y a de la concentration, mais surtout une incroyable force de persuasion. Ces pianistes veulent nous dire: « Vous l’avez entendu 1000 fois ce morceau, et bien laissez moi vous dire que c’est comme cela qu’il faut le jouer. » Et leur force de conviction est incroyable.
Vous trouverez toujours des gens pour dire. Oui, c’est bien mais je l’aime plus lentement, ou plus doux ou … mais reconnaissons qu’ils nous donnent une formidable leçon d’interprétation.
Il est pas encore fabriqué le robot capable de jouer une étude de Chopin ou campanella comme cela. Je ne parle pas de technique pure, mais de technique sous le contrôle d’une interprétation, car, même si l’excès de virtuosité se fait souvent au détriment de l’interprétation, il faut reconnaître la faculté de ces génies à nous emporter par leur esprit de conviction.